Editorial - Décembre 2025
L’année 2025 s’achève, et avec elle un cycle de marché aussi déroutant que fécond.
Au tout début de l’année, l’accident venu de Washington – la menace de hausse massive des droits de douane brandie par Donald Trump – avait fait vaciller les investisseurs. Beaucoup anticipaient un choc comparable à 2018, voire un début de récession mondiale.
Et pourtant : l’effondrement annoncé n’a pas eu lieu. La raison est simple : la vague de croissance liée à l’intelligence artificielle a tout submergé. L’économie américaine, loin de s’essouffler, a démontré une résilience remarquable. Les entreprises ont continué d’investir, la consommation s’est tenue, et la productivité a progressé plus nettement qu’elle ne l’avait fait depuis quinze ans.
Pourquoi les marchés ont-ils monté en 2025 ?
Parce que les fondamentaux se sont révélés meilleurs qu’attendu, et surtout parce que l’IA – non plus seulement promise, mais désormais déployée – a créé un choc d’investissement comparable aux grandes révolutions technologiques. Ce mouvement s’est étendu bien au- delà des géants habituels : semi-conducteurs, formation de modèles, data centers, cybersécurité, mais aussi robotique, logistique, santé, services professionnels, finance… L’ensemble de la chaîne de valeur a bénéficié d’un afflux de capitaux sans précédent.
Une première interrogation : la Chine revient dans la course
Un point mérite une attention particulière : la Chine est en train de rattraper son retard technologique, et parfois même de prendre l’avantage dans plusieurs segments critiques de l’IA – micro-processeurs spécialisés, robotique, plateformes de modélisation multilingue, IA embarquée dans l’industrie et les transports.
Cette dynamique n’est pas sans conséquences : elle crée une concurrence directe avec les États-Unis, ravive les tensions géo-technologiques et pourrait conduire à une reconfiguration partielle des chaînes d’approvisionnement. Pour les investisseurs, cela ouvre à la fois des opportunités (réouverture sélective du marché chinois, diversification géographique des leaders technologiques) et des risques (hausse des contrôles à l’export, fragmentation des standards technologiques).
Deuxième interrogation : les valorisations technologiques — un excès ?
La deuxième interrogation est tout aussi centrale : le poids de la technologie dans la capitalisation du marché américain.
Nous flirtons désormais avec les seuils historiques : selon les indices, près de 40 à 45 % de la capitalisation totale des actions américaines est concentrée dans la tech et les secteurs adjacents (IA, semi-conducteurs, services cloud, cybersécurité).
Ces valorisations reflètent une croissance exceptionnelle, mais elles posent légitimement la question d’une pause, voire d’un ajustement.
Les bénéfices devront continuer de progresser à un rythme soutenu pour justifier des multiples parfois stratosphériques. Une rotation vers les secteurs cycliques, l’énergie ou la santé n’est pas impossible en 2026, surtout si l’environnement macroéconomique se normalise autant qu’espéré.
Et les marchés français dans tout cela ?
Surprenante résistance, là encore. Malgré un marasme économique persistant et un bourbier politique presque permanent, les marchés français se sont relativement bien tenus en 2025.
Certes, la croissance est restée anémique, les débats institutionnels parfois étouffants, et la visibilité à long terme limitée. Et pourtant, les actions françaises ont montré une résilience inattendue.
Faut-il en conclure que les marchés se moquent de la cuisine interne française ?
Pas exactement. Disons plutôt qu’ils distinguent de mieux en mieux :
- d’un côté, l’économie domestique, avec ses lenteurs et ses fragilités ;
- de l’autre, la qualité mondiale de plusieurs grands groupes du marché de la Bourse de Paris, dont l’activité, les marges et la croissance se jouent désormais en Asie, aux États-Unis ou au Moyen-Orient bien plus qu’en France.
En d’autres termes, les marchés ne “s’en fichent” pas, mais ils considèrent que la création de valeur du tissu coté français dépend désormais très peu du climat politique national. Ce phénomène permet au marché de rester attractif malgré le bruit institutionnel.
Et si un cessez-le-feu intervenait en Ukraine ?
Enfin, une dernière question s’invite en cette fin d’année : que se passerait-il si un cessez- le-feu durable était conclu dans la guerre russo-ukrainienne ?
Les conséquences seraient probablement immédiates sur plusieurs plans :
- Les marchés européens bénéficieraient d’un regain de confiance rapide : baisse des primes de risque, revalorisation des actifs industriels et bancaires.
- L’énergie verrait ses tensions s’apaiser : un reflux – même partiel – des prix du gaz et du pétrole allégerait la pression sur l’inflation européenne.
- L’euro pourrait s’apprécier modérément, porté par une perception de stabilité accrue.
- Les dépenses publiques pourraient se réorienter progressivement, même si les besoins de reconstruction ukrainiens mobiliseraient d'importants capitaux internationaux.
Il ne faut toutefois pas surestimer l’effet immédiat : un cessez-le-feu ne résout pas automatiquement les divisions géopolitiques, ni le nouvel échiquier énergétique. Mais pour l’Europe, ce serait incontestablement une respiration bienvenue.
En résumé,
2025 aura été l’année où les marchés ont déjoué les scénarios les plus sombres, portés par la dynamique de l’IA et par une économie américaine plus solide qu’annoncé.
2026 s’ouvrira sous le signe de l’innovation, mais aussi de l’incertitude : montée en puissance chinoise, valorisations élevées, fragilités géopolitiques.
Les marchés français, quant à eux, démontrent qu’ils peuvent rester performants même dans un contexte national fragile — à condition de rester bien diversifiés et ouverts sur le monde.
Notre rôle, à la Financière Lamartine, est plus que jamais de séparer le bruit du signal, de rester lucides mais confiants, sélectifs mais réactifs, et fidèles à notre exigence de rigueur pour vos portefeuilles.